jeudi 27 novembre 2014

L'école ne garantit pas l'égalité des chances pour 7 Français sur 10


Longtemps, la force de la République, c'est qu'elle promettait à tous ses enfants de s'élever grâce à l'école. Cela, c'était avant la crise. Crise d'un système scolaire qui laisse de côté les élèves les plus en difficulté et crise économique qui prive de débouchés de plus en plus de jeunes, surtout chez les moins diplômés.

Résultat, « une crise de confiance des classes moyennes, les plus sensibles à l'effet ascenseur  social, envers l'école » constate Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol). Son institut vient de réaliser avec l'Ifop une vaste enquête* auprès de ces classes moyennes, un enjeu politique majeur pour la gauche et la droite. Principaux enseignements : la peur du déclassement pour leurs enfants, et du coup un stress qui les conduit à chercher de l'aide en dehors de la classe.
« Le principal moteur des parents, c'est un soutien individualisé des enfants qui les rassure, relève Frédéric Dabi, de l'Ifop. Le recours au soutien scolaire n'est plus vu comme une solution exceptionnelle. » Le sondage montre que 67 % des Français ayant des enfants scolarisés sont demandeurs d'un soutien scolaire à l'école. 43 % pensent même que c'est la meilleure solution pour aider leur progéniture. En clair, ce supplément de maths, de physique ou de français n'est plus du tout réservé aux cancres, mais il devient la norme. Une façon de s'assurer -- ou d'espérer -- que son ado accédera à la meilleure filière, au meilleur bac puis au meilleur diplôme. Réflexe inévitable, regrette Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, « dans une école très compétitive qui fonctionne sur le mode de l'échec plutôt que celui de l'encouragement ».
  Encourager le recours au soutien scolaire privé

Face à ce constat, Dominique Reynié avance une proposition : « La création d'une assurance complémentaire éducation, comme il existe une complémentaire santé ou retraite. Concrètement, les familles payant l'impôt sur le revenu pourraient déduire l'intégralité des heures de soutien scolaire (NDLR : aujourd'hui, une partie est déductible). Et celles qui ne le paient pas mais seraient tout autant demandeuses recevraient un bon éducation donnant droit à un volume d'heures de soutien. » Une telle mesure pourrait être financée, selon Fondapol, par les collectivités locales ou par les entreprises employant les parents.

Idée novatrice... mais aussi polémique : pourquoi encourager ainsi financièrement les familles à recourir au privé, alors que des mécanismes d'aide indivualisée aux élèves se développent et pourraient se généraliser s'ils bénéficiaient d'une telle manne. Surtout, le soutien est-il vraiment une fatalité ? « C'est totalement vain si on ne change pas plus généralement la façon dont on fait l'école, nuance Louis Maurin. Le soutien scolaire permet d'écoper, mais ça ne résorbe pas la fuite dans le bateau... »

* Sondage Ifop pour Fondapol réalisé du 7 au 10 octobre 2014 auprès d'un échantillon de 2 003 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas.


Enquête sur la France des classes moyennes, vague 3 - tome 2 : focus sur l'école. Fondapol octobre 2014 >>>

 "Pour une complémentaire éducation, l'école des classes moyennes" - Erwan Le Noan et Dominique Reynié >>>

À lire : l'inégalité des chances - Raymond Boudon - Éd. Pluriel - 1984 >>>